Les médias turcs et azerbaïdjanais réagissent à mon article sur la diaspora face à Pachinian October 29, 2026 Par Harut Sassounian TheCaliforniaCourier.com Au fil des ans, j’ai souvent vu mes analyses hebdomadaires sur les questions arméniennes être reprises ou contestées par des médias azerbaïdjanais et turcs. Cependant, ce qui s’est produit la semaine dernière est tout à fait inhabituel. Trois médias turcs et azerbaïdjanais ont publié des réfutations de mon article intitulé : « Un centre de recherche turc multiplie les éloges envers Pachinian et critique la diaspora ». L’article le plus absurde, signé Ulash Fakir, a été publié par ODATV, un média en ligne nationaliste turc. Il était intitulé : « Leurs noms ont été énumérés un par un : quatre femmes turques prises pour cible par des Arméniens ». Le titre contenait à lui seul deux erreurs majeures : 1) elles n’ont pas été prises pour cible « par des Arméniens », mais par un seul Arménien, à savoir moi-même ; et 2) je n’ai pris pour cible aucune « femme turque ». Je me suis contenté de répondre aux articles rédigés par quatre analystes turcs. J’ignorais même s’il s’agissait de femmes ou d’hommes. J’ai abordé une question politique, et non une question liée au genre. ODATV a évoqué, à tort, une « large couverture de l’article d’[Aygun] Attar par la presse de la diaspora aux États-Unis ». Il n’en a rien été. Il n’y a eu qu’une seule réponse : la mienne. ODATV a révélé que le président Recep Tayyip Erdogan avait nommé Attar au sein de son « Conseil pour la sécurité et la politique étrangère » en février 2021. Le poste gouvernemental qu’occupe Attar indique qu’elle ne saurait être considérée comme une analyste objective des relations arméno-turques. ODATV a ensuite présenté les trois autres femmes turques que j’aurais, selon eux, « prises pour cible ». Ces quatre femmes possèdent un haut niveau d’études, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles soient impartiales dans leurs analyses des questions arméniennes. La seconde réfutation de mon article, signée Abulfaz Babazadeh, a été publiée par NEWS.AZ à Bakou, en Azerbaïdjan. Elle était intitulée : « Pourquoi les éloges venant de Bakou et d’Ankara inquiètent la diaspora arménienne ». L’auteur est présenté comme « un scientifique, spécialiste des études japonaises et observateur politique ». Il est étrange qu’un « spécialiste des études japonaises » écrive sur une question arménienne. Une grande partie de l’article de Babazadeh a été reprise mot pour mot d’un article d’ODATV, sans aucune mention de la source. Il s’agit d’un plagiat de la part de ce soi-disant « spécialiste ». Je me réjouis toutefois que Babazadeh ait salué certains passages de mon article : « Sassounian a le mérite d’avoir mis en évidence une véritable contradiction, difficile à écarter. Le Premier ministre demande à la diaspora de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Arménie, tout en acceptant volontiers ses fonds pour des actions caritatives. Sa critique de la rencontre du [Premier ministre Nikol] Pashinyan avec des étudiants de l’ASA, plutôt qu’avec la communauté arménienne dans son ensemble, relève de la même logique : l’engagement est sélectif plutôt qu’institutionnel. Il s’agit là d’une critique légitime adressée au gouvernement arménien — et elle vise Erevan, non Ankara. » À la fin de son article, Babazadeh formule plusieurs suggestions constructives concernant les relations entre l’Arménie, la diaspora, l’Azerbaïdjan et la Turquie : « La première conclusion relève de la tactique. Le soutien le plus efficace à la normalisation passe par la retenue et des actions concrètes. Chaque paragraphe enthousiaste rédigé à Ankara ou à Bakou peut être repris et cité à Los Angeles. Cela ne plaide pas pour le silence, mais pour une sélection plus rigoureuse des mots, assortie de mesures tangibles : ouverture des frontières, développement de projets de transport, intensification des échanges commerciaux et renforcement des contacts humanitaires. » « La seconde conclusion est d’ordre stratégique. Le principal enjeu du processus de normalisation se situe au sein même de la vie politique arménienne — entre l’État et la diaspora, entre mémoire et pragmatisme. Seuls les Arméniens peuvent trancher ce débat. Les voisins de l’Arménie peuvent, quant à eux, offrir de la prévisibilité et attendre qu’Erevan parvienne à un consensus avec sa propre société. » « La troisième conclusion est la plus importante pour toutes les parties. Si Erevan ne parvient pas à créer une institution permettant à la diaspora d’influencer les décisions sans pour autant les bloquer, les voix radicales s’arrogeront le monopole du rôle de défenseur de la nation. La paix ne suppose pas de vaincre la diaspora ; elle exige de l’intégrer dans une nouvelle réalité. La Turquie et l’Azerbaïdjan peuvent contribuer à ce processus d’une manière cruciale : en évitant toute action ou rhétorique qui permettrait de transformer le programme de paix lui-même en une arme contre la normalisation. » « La tribune de Sassounian est empreinte d’un sentiment de grief, et ce grief revêt une signification politique. Il témoigne du fait qu’une partie du monde arménien se sent exclue du débat. Ignorer ce signal pourrait s’avérer coûteux. L’entendre — et y répondre par des actes plutôt que par des éloges — permettrait d’asseoir la paix sur des bases bien plus solides. » La troisième réfutation, rédigée par Aygun Attar, était intitulée : « Le véritable défi de la diaspora arménienne n’est pas la Turquie, mais l’évolution de la réalité géopolitique. Réponse à Harut Sassounian : diaspora, souveraineté étatique et avenir de la paix dans le Caucase du Sud. » L’article a été publié par le Centre d’études eurasiennes (Center for Eurasian Studies) à Ankara. Étonnamment, l’analyste turque Attar porte un regard bien plus positif sur la diaspora que ne le fait Pachinian : « La diaspora arménienne possède une conscience historique profondément enracinée, des réseaux organisationnels étendus et une influence politique considérable dans plusieurs pays. Son rôle dans la préservation de l’identité culturelle arménienne et la promotion des causes arméniennes sur la scène internationale ne saurait être négligé. Les organisations de la diaspora, aux États-Unis et en France notamment, exercent depuis longtemps une influence sur les débats internationaux concernant l’Arménie. » Attar reconnaît qu’« un Arménien vivant à Los Angeles, à Paris ou ailleurs est tout à fait en droit de défendre des revendications historiques ou politiques ». C’est précisément ce que j’ai fait, non pas en tant que représentant du gouvernement arménien, mais en tant que membre de la diaspora. Toutefois, Attar omet deux points importants dans son analyse : premièrement, il ne s’agit pas d’un « Arménien vivant à Los Angeles », mais de millions d’Arméniens répartis à travers le monde. Deuxièmement, la question ne se résume pas à une opposition entre la diaspora et la République d’Arménie ; elle concerne également les nombreux Arméniens vivant en Arménie qui s’opposent avec véhémence aux concessions faites par Pachinian. En conclusion, les Arméniens du monde entier doivent être conscients que les analystes étrangers et leurs gouvernements suivent de près les opinions et les déclarations des Arméniens, qu’ils résident en Arménie ou à l’étranger. L’Azerbaïdjan et la Turquie doivent savoir que les compromis auxquels Pachinian consent aujourd’hui seront rejetés dès qu’il quittera ses fonctions. Ils doivent donc comprendre que ces concessions temporaires seront, à terme, annulées.