Réunis le 8 octobre au Turkménistan, les dirigeants des cinq pays d’Asie centrale et de l’Azerbaïdjan ont affiché leur volonté de renforcer leur coopération économique, énergétique et stratégique. Mais, comme le souligne une analyse publiée par le site Eurasianet, les ambitions proclamées restent largement dépourvues d’engagements concrets. L’unité régionale est à l’ordre du jour, mais sa traduction dans les faits se fait toujours attendre. Dans une analyse publiée par Eurasianet, le média spécialisé dans l’espace eurasiatique revient sur la huitième réunion consultative des dirigeants d’Asie centrale et de l’Azerbaïdjan, organisée le 8 octobre au Turkménistan. Cette rencontre du groupe dit « C6 », réunissant le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan, a donné lieu à une série de déclarations ambitieuses sur le développement du commerce, des infrastructures de transport, de lénergie et de la sécurité régionale. Le fait le plus remarquable réside dans lévolution du discours turkmène. Traditionnellement attaché à une politique de neutralité et disolement, le Turkménistan a manifesté, par la voix de son président Serdar Berdymoukhamedov, une volonté inhabituelle dintégration régionale. Celui-ci a appelé à exploiter pleinement le potentiel du partenariat à six et à transformer cet espace en un carrefour incontournable des échanges entre lAsie et lEurope. Parmi les projets évoqués figure notamment le gazoduc transcaspien, longtemps retardé par des obstacles politiques et économiques. Achgabat semble désormais soutenir plus ouvertement cette infrastructure susceptible de faciliter lacheminement du gaz dAsie centrale vers les marchés européens. Le président turkmène a également insisté sur limportance du corridor reliant lAsie centrale à lEurope via la mer Caspienne et le Caucase du Sud. Une orientation qui conforte les ambitions de lAzerbaïdjan de devenir une plateforme majeure du transit énergétique et commercial eurasiatique. De son côté, le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a plaidé pour la mise en place de mécanismes de coopération plus structurés, notamment dans la formation professionnelle et le développement des compétences nécessaires aux industries émergentes, au tourisme et aux nouvelles technologies. Autre sujet majeur : la raréfaction des ressources en eau, devenue un enjeu stratégique pour lensemble de la région. Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a proposé ladoption dune convention-cadre sur la gestion des eaux transfrontalières, tandis que son homologue ouzbek a suggéré la création dun mécanisme permanent de dialogue avec lAfghanistan sur cette question particulièrement sensible. Mais cest précisément sur le terrain des décisions concrètes que le bilan apparaît décevant. Comme le relève Eurasianet, aucune de ces propositions structurantes na véritablement trouvé sa traduction dans la déclaration finale, essentiellement consacrée à des engagements de principe et à des objectifs généraux. Le contraste entre lambition des discours et la modestie des décisions constitue ainsi le principal enseignement du sommet. Les dirigeants du C6 semblent partager une vision commune de lavenir économique de leur région, sans être encore disposés à se doter des instruments institutionnels nécessaires pour la réaliser. La prochaine réunion, prévue en 2027, permettra de mesurer leur détermination. Ladoption dune convention sur leau ou la création de mécanismes permanents de coopération constituerait un premier test crédible. En attendant, conclut en substance Eurasianet, lunité du C6 demeure davantage une promesse politique quune réalité institutionnelle. Et si les ambitions de lAzerbaïdjan et de ses partenaires en matière de corridors eurasiatiques ne manquent pas, leur concrétisation reste suspendue à des décisions que les dirigeants hésitent encore à prendre. Source : Eurasianet, « Central Asian leaders espouse unity, but stop short of backing words with action », 8 octobre 2026.